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Artist Statement I

Tout est vivant, et tout est en mouvement perpétuel

Tout est vivant, et tout est en mouvement perpétuel. C’est ce mouvement fascinant de la vie, qui se poursuit malgré la mort, qui m’enthousiasme le plus. Je suis émerveillée par la myriade de forces qui poussent le vivant à tendre vers la lumière et la vie. L’instant insaisissable du passage de « vivant » à « mort » me fascine tout autant. Lorsque je vois la vie s’épanouir au milieu de la mort, du dégoût, de la haine et de la violence, j’y vois un miracle. Pour moi, ces petites pousses d’herbes sauvages ou de fleurs des champs sont de vaillants héros qui résistent à l’influence des mêmes forces que nous. Ces créatures sont la beauté même ; elles peuvent être tendres et douces aussi bien que rugueuses et épineuses.

La mélancolie et l’espoir transparaissent dans mon art. En quête d’espoir, je m’inspire de l’image de ces « vaillants héros », de leur résistance et de leur persévérance. Oscillant entre abstraction et figuration, les œuvres sont traversées par une sensualité fluide, tendent vers une disparité chaotique et mêlent des références naïves au cosmisme russe et à son sens cosmique de l’immortalité, tout en évoquant le désespoir inhérent à l’œuvre de Béla Tarr — un décalage catastrophique entre les possibilités d’un être vivant et les circonstances extérieures.

Le choix des tissus, des fils et de la tempera comme matériaux, ainsi que le rôle important accordé à la couleur, ne renvoie pas seulement à la tradition, mais souligne aussi la résistance de la matière, l’effort rendu visible et le symbolisme. Cela fait écho au thème de la lutte pour la vie, à l’impossibilité de la beauté sans effort, aussi facile et simple qu’elle puisse paraître.

Je partage le concept de « Nouvelle Sincérité », dont l’objectif est de « traiter les vieux problèmes humains passés de mode », comme l’affirmait Wallace. Je veux montrer que l’obstination et le cynisme ne sont pas la seule issue possible à la réalité dans laquelle nous vivons, mais qu’ils sont aussi inhumains, nuisibles et laids. Je veux montrer que l’art et la pratique de la contemplation peuvent alléger le fardeau de la lutte insupportable contre la réalité environnante, aider à atténuer la solitude et nous permettre de cesser de vivre dans un bruit totalement dénué de sens.

Les êtres vivants se détruisent massivement les uns les autres, mais lorsque les arbres déploient leurs feuilles et que leurs bourgeons s’ouvrent malgré tout, je prends conscience que toute la tristesse, le deuil et la douleur que nous éprouvons s’estomperont avec le temps. Mais la vie, elle, perdurera. Le désir ardent de beauté me sauve, et je veux qu’il vous sauve aussi.